
Chaque été, dès que la chaleur s’installe et que la végétation se dessèche, la même question revient : y a-t-il un feu près de chez moi ?
Le réflexe est devenu naturel, on ouvre une carte des feux en temps réel pour visualiser les incendies en cours. Ces outils se sont multipliés, des satellites de la NASA aux applications citoyennes, et ils ne disent pas tous la même chose.
Comprendre d’où viennent leurs données, ce qu’ils montrent vraiment et comment les lire évite les fausses inquiétudes comme les mauvaises surprises. Tour d’horizon de six cartes utiles, suivi d’un point sur la façon dont la France combat les incendies, jusque dans les airs.
Sommaire
Pour savoir si un incendie est en cours à un endroit précis, plusieurs sources publiques et gratuites existent. Elles reposent sur trois logiques bien distinctes, qu’il faut garder en tête avant de cliquer.
La première logique est satellitaire. Des capteurs en orbite repèrent les anomalies de chaleur à la surface du globe et signalent un point chaud quelques heures après le passage du satellite. C’est la méthode la plus large et la plus objective, mais aussi la plus brute.
La deuxième logique est officielle, portée par des organismes publics comme le système européen EFFIS ou Météo-France, qui combinent données satellites, relevés météo et informations de terrain pour produire des cartes de risque et de suivi. La troisième logique est participative : ce sont les signalements de citoyens, vérifiés ou non, qui alimentent une carte en temps quasi réel sur le terrain.
Aucune de ces approches n’est parfaite seule. La force d’un bon suivi vient justement de leur complémentarité, un satellite voit large mais grossier, un pompier ou un témoin voit précis mais local. Les six cartes présentées plus bas se répartissent entre ces trois familles.
Voici six ressources fiables pour suivre les incendies, chacune avec sa logique propre et son usage idéal. Elles ne se concurrencent pas, elles se complètent.

FIRMS, pour Fire Information for Resource Management System, est le service de détection des feux de la NASA. Il s’appuie sur les capteurs MODIS et VIIRS embarqués sur plusieurs satellites, qui repèrent les anomalies thermiques à la surface de la Terre.
Les détections sont publiées en temps quasi réel, dans les trois heures suivant le passage du satellite, et même en temps réel pour les États-Unis et le Canada.
La résolution descend jusqu’à 375 mètres par pixel avec VIIRS, avec de bonnes performances de nuit.
C’est la source de référence mondiale, celle sur laquelle s’appuient la plupart des autres outils, y compris les organismes officiels européens. En contrepartie, l’interface est technique et en anglais, et les données sont brutes : un point affiché signale une source de chaleur, pas forcément un feu de forêt confirmé. À réserver à ceux qui veulent la donnée à la source, sur n’importe quelle région du globe.
Découvrir la carte : firms.modaps.eosdis.nasa.gov/map

EFFIS, le Système européen d’information sur les feux de forêt, est développé par le Centre commun de recherche de la Commission européenne, dans le cadre du programme Copernicus.
Il reprend les détections de la NASA FIRMS et y ajoute sa propre couche d’analyse : périmètres de feux, surfaces brûlées, indice de danger prévu jusqu’à dix jours à l’avance.
Les informations sur les feux actifs sont mises à jour plusieurs fois par jour, généralement dans les deux à trois heures suivant l’acquisition des images satellites.
C’est la référence institutionnelle en Europe, utilisée par les centres de secours et les services forestiers. EFFIS est précieux pour comprendre l’ampleur d’un feu et le niveau de risque à venir, au-delà du simple point chaud. L’outil reste assez expert, pensé d’abord pour les professionnels et les autorités.
Découvrir la carte : forest-fire.emergency.copernicus.eu

Feux.net propose une carte grand public qui agrège les données officielles d’EFFIS et de Météo-France.
On y suit les feux actifs et, surtout, le niveau de risque incendie département par département, avec un système de codes couleur facile à lire. La carte est mise à jour quotidiennement.
Son intérêt est l’accessibilité : là où FIRMS et EFFIS demandent un effort d’interprétation, Feux.net traduit la donnée officielle en information directement compréhensible, avec des explications sur les systèmes d’alerte et des contenus de prévention.
À noter, le site couvre plus largement le thème « feux » au sens étendu, sa carte des incendies reste toutefois adossée à des sources sérieuses.
Découvrir la carte : feux.net/incendies/carte-feux-france

Feuxdeforet.fr est une plateforme participative française, portée par une association, devenue une référence pour suivre les incendies au plus près du terrain.
Son principe : chaque citoyen peut signaler un départ de feu via un formulaire, et ces signalements sont ensuite modérés par la communauté, qui valide ou infirme l’alerte.
La carte distingue les feux en cours, les feux récents et les signalements en cours de vérification, et propose aussi une carte de vigilance issue de Météo-France.
C’est l’outil le plus réactif pour le ressenti de terrain, complété par des notifications selon la localisation et une application mobile. Sa fiabilité repose sur la modération collaborative, qui limite les fausses alertes sans les éliminer totalement. Idéal pour un suivi local et citoyen, en complément des sources satellites.
Découvrir la carte : feuxdeforet.fr/cartes/feux

PyroWatch est une application plus récente qui pousse la logique participative un cran plus loin.
Elle croise en temps réel plusieurs sources : signalements de citoyens géolocalisés avec photo, caméras de surveillance dotées d’intelligence artificielle, données satellites de la NASA FIRMS, météo et arrêtés préfectoraux. Un score de confiance est calculé automatiquement pour chaque signalement, afin de distinguer rapidement un vrai départ de feu d’une fausse alerte.
Quand un citoyen repère une fumée, tous les utilisateurs dans un rayon proche sont alertés pour confirmer ou compléter l’information. L’approche est prometteuse et bien pensée, avec accès à l’état des massifs et appel d’urgence intégré. Étant une solution jeune, sa couverture dépend encore de la densité de sa communauté sur un territoire donné.
Découvrir la carte : pyrowatch.app/map

L’atlas proposé par Siradel, acteur français de la cartographie et de la donnée géospatiale, combine deux vues.
La première affiche les foyers actifs détectés par satellite MODIS de la NASA, sur les dernières 24 heures, avec une couleur et une taille de point reflétant l’intensité thermique.
La seconde permet d’explorer l’historique des feux recensés en France depuis 2006, avec des indicateurs comme le nombre de feux et les surfaces brûlées par année.
Son atout est cette dimension historique, utile pour replacer un feu en cours dans une tendance plus longue ou étudier un territoire. Côté temps réel, il s’appuie sur les seules données MODIS, dont la résolution d’un kilomètre est moins fine que celle de VIIRS. Un bon outil pour qui veut croiser l’actualité et le recul statistique.
Découvrir la carte : atlas.siradel.com/incendies
Une carte des feux ne se lit pas comme une carte routière. Un même point rouge peut signaler un incendie majeur, un feu déjà éteint ou rien du tout. Quelques repères évitent les contresens.
Les cartes satellites ne détectent pas des flammes, mais des anomalies de chaleur. L’algorithme compare la température d’un pixel à celle de son environnement, et au-delà d’un certain écart, il signale un point chaud. Le problème, c’est que d’autres sources de chaleur déclenchent la même alerte.
Une centrale ou une ferme de panneaux photovoltaïques qui renvoie le soleil, un site industriel, une torchère, ou un simple reflet sur un plan d’eau peuvent générer ce qu’on appelle un faux positif. Les services sérieux appliquent des filtres pour masquer ces signaux, mais certains passent quand même.
Avant de s’alarmer, mieux vaut vérifier si le point correspond à une zone naturelle ou à une installation connue.
L’inverse existe aussi : un feu bien réel peut ne pas apparaître. Un satellite ne voit un territoire qu’au moment de son passage, à heures fixes, et un feu qui démarre juste après ne sera repéré qu’au survol suivant.
Les nuages, eux, bloquent la vue des capteurs et masquent des foyers actifs. Enfin, un départ de feu de petite taille peut rester sous le seuil de détection. Une carte satellite qui n’affiche rien sur une zone ne garantit donc pas l’absence de feu, elle indique qu’aucune anomalie n’a été captée lors du dernier passage.
C’est tout l’intérêt d’avoir plusieurs outils sous la main. Une détection satellite gagne à être confirmée par un signalement de terrain ou une information officielle, et inversement.
Si un point chaud apparaît sur FIRMS, qu’un signalement citoyen le confirme sur Feux de Forêt et qu’EFFIS affiche un risque élevé dans la zone, l’information est solide. À l’inverse, un point isolé sans aucune confirmation mérite la prudence. Croiser les sources, c’est passer d’une donnée brute à une certitude raisonnable.
Suivre les feux en cours est utile, anticiper le risque l’est encore plus. Météo-France publie chaque jour, pendant la saison à risque, une carte de vigilance feux de forêt pour la France métropolitaine, avec un focus particulier sur les départements du Sud les plus exposés.
Cette Météo des forêts fonctionne sur un principe simple, un code couleur du vert au rouge qui indique le niveau de danger, département par département, en fonction de la sécheresse de la végétation, de la température, du vent et de l’humidité.
Le réflexe à prendre avant une randonnée, un trajet ou une journée en forêt est de consulter cette carte, accessible sur meteofrance.com/meteo-des-forets sans inscription. Dans le pourtour méditerranéen, ce niveau de risque conditionne aussi l’accès aux massifs : selon la couleur du jour, l’entrée peut être déconseillée, réglementée ou totalement interdite par arrêté préfectoral. Vérifier le risque local avant de partir, c’est éviter à la fois le danger et l’amende.
Tous les territoires ne sont pas égaux face au feu. Selon les chiffres du ministère de la Transition écologique établis à partir de la Base de données sur les incendies de forêt (BDIFF), six départements concentrent l’essentiel du risque sur la période 2000-2021, rapporté à leur surface boisée. Le Var et les Bouches-du-Rhône arrivent largement en tête, suivis de La Réunion, de la Haute-Corse, des Pyrénées-Orientales et de l’Hérault. Cette concentration sur le pourtour méditerranéen s’explique par plusieurs facteurs :
Mais la carte du risque est en train de bouger. Avec le réchauffement climatique, la saison des feux commence plus tôt et finit plus tard, et le risque s’étend vers le nord et l’ouest, comme l’ont montré les mégafeux de Gironde en 2022.
Des régions longtemps épargnées, en Bretagne ou dans le Centre, sont désormais concernées. C’est précisément cette extension géographique qui rend les moyens de lutte mobiles, et notamment aériens, de plus en plus stratégiques.
Derrière chaque feu maîtrisé, il y a une chaîne d’intervention rapide et coordonnée. Comprendre comment elle fonctionne aide à saisir pourquoi chaque minute compte.
Tout commence par la détection, le plus tôt possible. Un départ de feu repéré dans l’heure peut être circonscrit par un seul moyen, alors que le même feu laissé sans réponse devient en quelques dizaines de minutes un incendie incontrôlable.
Les sources se combinent : vigies, tours de guet, patrouilles, caméras, satellites et signalements citoyens.
Une fois l’alerte donnée et confirmée, les centres opérationnels des secours coordonnent l’envoi des moyens terrestres et aériens. La rapidité de cette séquence, de la première fumée à la première goutte d’eau larguée, détermine souvent l’ampleur finale du sinistre.

Quand un feu progresse vite ou démarre dans une zone inaccessible, les moyens aériens deviennent décisifs. Avions bombardiers d’eau et hélicoptères permettent d’attaquer le feu là où aucun camion ne peut accéder, de ralentir sa propagation et de protéger les zones habitées en attendant les équipes au sol.
L’hélicoptère présente un atout particulier, sa maniabilité, qui autorise un largage d’eau précis au plus près du foyer et une intervention dans des reliefs difficiles.
C’est sur ce terrain qu’intervient Héliberté, avec un service de lutte contre les incendies par hélicoptère. Équipés de réservoirs et de systèmes de largage d’eau, ses appareils assurent une intervention rapide et ciblée dans les zones difficiles d’accès, montagnes, forêts denses ou îles, là où les moyens terrestres peinent à se déployer. Trois atouts résument cette approche :
Ces interventions s’adressent aussi bien à la protection des forêts et parcs naturels qu’aux zones rurales et agricoles ou aux abords des zones urbaines, en appui des sapeurs-pompiers.
Avec des pilotes expérimentés, des hélicoptères équipés et une collaboration étroite avec les pompiers et les autorités locales, Héliberté apporte une réponse aérienne complémentaire des dispositifs publics. La compagnie propose par ailleurs des services de surveillance aérienne, utiles en amont pour la détection précoce des départs de feu.
La meilleure lutte reste celle qui n’a pas lieu d’être. La grande majorité des feux de forêt ont une origine humaine, souvent involontaire, ce qui veut dire qu’ils sont en grande partie évitables.
Le débroussaillage est l’une des protections les plus efficaces. En zone à risque, les propriétaires ont l’obligation légale de débroussailler dans un rayon de 50 mètres autour de leur habitation, parfois 100 mètres selon les communes. L’objectif est de priver le feu de combustible à l’approche des bâtiments et de créer une coupure qui ralentit les flammes.
Le débroussaillement est l’une des protections les plus efficaces. En zone à risque, lorsqu’un terrain se situe à moins de 200 mètres d’un massif forestier, d’une lande, d’un maquis ou d’une garrigue classés à risque, le propriétaire a l’obligation légale de débroussailler sur une profondeur d’au moins 50 mètres autour de son habitation, portée à 100 mètres dans certaines communes. L’objectif est de priver le feu de combustible à l’approche des bâtiments et de créer une coupure qui ralentit les flammes.
C’est une obligation contrôlée par le maire : le non-respect expose à une amende pénale pouvant atteindre 1 500 euros, et à une amende administrative pouvant aller jusqu’à 50 euros par mètre carré non débroussaillé. Mieux vaut donc s’y conformer avant l’été.
Si vous repérez un départ de feu ou une fumée suspecte, le premier réflexe est d’alerter immédiatement les secours en composant le 18 (pompiers) ou le 112 (numéro d’urgence européen).
Donnez la localisation la plus précise possible, la nature de ce que vous voyez et son ampleur apparente. N’essayez pas d’intervenir seul sur un feu qui se développe, éloignez-vous dans le sens opposé au vent et mettez-vous en sécurité. Vous pouvez ensuite relayer le signalement sur une application comme Feux de Forêt ou PyroWatch, mais l’appel aux secours reste la priorité absolue.
Une carte des feux en temps réel est devenue un réflexe utile, à condition de savoir ce qu’on regarde. Aucun de ces six outils ne détient à lui seul la vérité du terrain : les satellites de la NASA et de Copernicus offrent une vue d’ensemble objective, les sources officielles traduisent le risque par département, et les plateformes citoyennes apportent la réactivité du terrain.
C’est en les croisant que l’on passe d’un simple point sur une carte à une information fiable. Et derrière l’écran, ce sont des moyens humains et matériels qui font la différence, du premier signalement à la dernière goutte d’eau larguée.
Face à des incendies plus fréquents et qui gagnent du terrain vers le nord, la rapidité de détection et l’efficacité de la lutte, notamment aérienne, n’ont jamais été aussi déterminantes. C’est tout le sens de la lutte contre les incendies par hélicoptère que mène Héliberté aux côtés des secours.